Interview Francophone
Pour un meilleur 21ème siècle

Victoria Hernandez Valcarcel
Une vraie inspiration pour
faire de l'innovation européenne une victoire européenne
Interview selectionnée pour l'édition spéciale 2026 VISIONNAIRES du 21e siècle par le journal européen www.interviewfrancophone.net
membre de l'Association de la presse étrangère à Paris (plus de 300 média accrédités à Paris)
Victoria Hernández-Valcárcel est ingénieure en informatique et télécommunications, experte des technologies critiqués deep-tech et de leur mise à l’échelle industrielle en Europe. Membre du Conseil de l’European Innovation Council (EIC), elle intervient au cœur des décisions d’investissement et de structuration de l’écosystème deeptech européen. Elle travaille à l’interface entre capital, industrie et politique publique pour faire émerger des champions technologiques européens et renforcer la souveraineté stratégique.
Interivew Francophone: Comment peut-on résumer vos projets d’investissement dans les deeptech en Europe ?
Victoria Hernandez Valcarcel : Mes activités d’investissement et de structuration dans la deeptech européenne poursuivent un objectif simple mais exigeant : combler le déficit de passage à l’échelle en Europe.
L’Europe ne manque ni de science ni d’innovation. Elle manque de capacité à transformer des avancées scientifiques en leaders industriels globaux.
Cela implique trois axes très concrets :
• Structurer des véhicules d’investissement capables d’intervenir à grande échelle, notamment sur des technologies stratégiques (IA, semiconducteurs, space, quantum, défense dual-use)
• Aligner capital, industrie et politique publique, car la deeptech ne se développe pas dans des logiques purement financières
• Créer des trajectoires européennes de croissance, pour éviter que les entreprises ne deviennent non-européennes au moment où elles réussissent
Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus d’innover.
L’enjeu est de garder, financer et faire grandir cette innovation en Europe.
Interivew Francophone: Quel est le rôle de la diaspora scientifique et d’innovation pour le futur d’une Europe forte de l’innovation ?
Victoria Hernandez Valcarcel :La diaspora scientifique et entrepreneuriale européenne est un actif stratégique largement sous-exploité.
Elle joue un rôle clé à trois niveaux :
• Circulation des connaissances et des standards internationaux
• Accès aux marchés et aux écosystèmes globaux (US, Moyen-Orient, Asie)
• Capacité à reconnecter l’Europe aux dynamiques de risque et d’exécution
Mais il faut être lucide :
Aujourd’hui, la diaspora fonctionne davantage comme un réseau informel que comme un levier structuré.
Si l’Europe veut en faire un avantage compétitif, elle doit passer à une logique organisée :
• plateformes d’engagement ciblées
• co-investissement avec la diaspora
• intégration dans les stratégies industrielles européennes
Sans cela, la diaspora restera une force de fuite des talents, plutôt qu’un levier de puissance collective.
Interivew Francophone: Quelle est votre meilleure expérience dans votre soutien des deeptech européennes ?
Victoria Hernandez Valcarcel :Les expériences les plus significatives ne sont pas des investissements isolés, mais des moments où un alignement réel a été créé entre technologie, capital et vision stratégique.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement la qualité de la technologie.
C’est la capacité à répondre à trois questions fondamentales :
• Existe-t-il un marché stratégique et non commoditisé ?
• Le capital est-il prêt à soutenir une trajectoire longue et risquée ?
• L’Europe veut-elle réellement que cette technologie existe sur son sol ?
Lorsque ces trois éléments sont alignés, l’impact est réel.
À l’inverse, j’ai aussi observé que beaucoup d’initiatives échouent non pas pour des raisons technologiques, mais par fragmentation des acteurs, manque d’ambition ou dilution des responsabilités.
Interivew Francophone: Quel est votre message pour les générations du XXIe siècle d’entrepreneurs et d’investisseurs deeptech ?
Victoria Hernandez Valcarcel :Je leur dirais trois choses, sans simplification :
1. La deeptech n’est pas un modèle de startup classique.
Elle exige du temps, du capital patient et une discipline stratégique. Ceux qui la traitent comme du software classique échouent.
2. L’Europe offre une opportunité unique — mais exigeante.
C’est l’un des rares espaces au monde où l’on peut construire des technologies critiques avec un cadre éthique et scientifique solide.
Mais il faut accepter de naviguer dans la complexité européenne.
3. L’ambition doit redevenir industrielle et systémique.
Créer une entreprise ne suffit pas.
Il faut construire des capacités, des chaînes de valeur, et parfois des infrastructures entières.
Enfin, un point essentiel :
La souveraineté technologique ne se décrète pas. Elle se finance, se construit et s’exécute.Ceux qui réussiront dans les prochaines décennies seront ceux qui comprennent cela dès aujourd’hui.




