Une stratégie et actions 

visionnaires

pour accueillir les talents d’innovation de demain 

 

 

Interview en exclusivité pour l'édition spéciale 

Visionnaires du 21ème siècle

avec 

Guillaume Boudy

Secrétaire Général pour l'Investissement

by Ingrid Vaileanu   

Photo : Credits L. Lancelot, MasterFilm

 

Interview Francophone : Comment résumer la nouvelle dynamique pour l'innovation disruptive en France et les objectifs de contribution à des innovations au niveau territorial et donc inspirant et contribuant à l’Europe de l’innovation disruptive au service de l’humanité? 

 

Guillaume Boudy : Cette dynamique, dont nous voyons les fruits aujourd’hui, a une histoire. Dans la foulée de la grande crise économique et financière de 2008 a été instituée une commission transpartisane pour réfléchir aux investissements stratégiques, transformants et de long terme nécessaires pour renouer avec l’excellence et la croissance. C’est ainsi qu’est né le Programme investissements d’avenir, dit PIA. Les modalités de mises en œuvre, fondées notamment sur la sélectivité, via des appels à projet compétitifs et la recherche de l’excellence ont été des déterminants forts de la réussite de ce programme. Le retour sur investissement financier, l’impact économique et social ainsi que l’effet de levier des fonds de l’Etat vis-à-vis d’autres sources de financement, souvent privées, ont guidé les choix de l’Etat et des opérateurs publics sur lesquels se porgramme s’appuie. 

 

La France qui souffrait de l’atomisation de son enseignement supérieur et de sa recherche a favorisé les regroupements de sites et la mutualisation de moyens. C’est cette logique qui a guidé la création des campus d’excellence – les IdEx – et les sociétés d’accélération de transfert de technologie (SATT) dont le but est de transformer les découvertes académiques en activité économique et en emplois, via la vente de licence à des sociétés établies ou la création de startups, souvent deeptech. C’est aussi cette même logique qui a guidé la mise en place des instituts de recherche technologique (IRT), souvent placées au cœur de campus technologiques, dont le rôle est de favoriser la recherche entre entreprises et laboratoires de recherche publique, en visant un fort impact sur la compétitivité industrielle. 

 

La qualité des productions de ces structures a permis à la France de gagner en attractivité et en visibilité. L’excellence de la recherche française et de la qualité de ses ingénieurs et techniciens est reconnue à l’étranger. D’autres dispositifs publics complémentaires voire antérieurs, comme les pôles de compétitivité et les incitations fiscales, notamment le crédit d’impôt recherche (CIR) , ont permis de repositionner la France dans la compétition internationale, non seulement en termes d’innovation mais aussi comme territoire d’investissement et de réussite. Et c’est là, à mes yeux, une des plus belles retombées de la politique française en matière d’innovations: la transformation culturelle qui est en cours. La réussite n’est plus tabou et l’échec n’est plus discriminatoire.  

Interview Francophone : Quels ont été les partenaires - les dispositifs d 'accélération des processus d'innovations  et comment le modèle français d'innovation peut-il inspirer les générations européennes de l'innovation disruptive ?

 

Guillaume Boudy : A moyens financiers, certes exceptionnels mais circonscrits, le ciblage des actions et l’effet de levier ont été dès l’origine des critères d’appréciation déterminants. L’intervention publique s’est également faite sous des formes inhabituelles : création de sociétés par actions simplifiées dotées en capital pour les SATT, création de fondations de coopérations scientifiques bénéficiant de dotations non consommables mais génératrices d’intérêt, création de fonds d’investissement permettant de combler une défaillance de marché (par exemple le fonds French Tech Seed)… Pour mobiliser un maximum d’acteurs et les multiples sources de cofinancements, il a été nécessaire de s’appuyer sur de nombreux opérateurs publics (Agence Nationale de la recherche, Agence de la Maîtrise de l’Energie, Bpifrance…) pour le déploiement opérationnel du Programme d’investissements d’avenir. Tout cela a été rendu possible par un important effort de coordination interministériel et par l’engagement continu des plus hautes autorités de l’Etat. 

 

En quelques mots, une doctrine cohérente et disruptive de politique d’investissements exceptionnels et transformants a été établie, pleinement assumée et cela dans le long terme.

 

Interview Francophone : Quelle est votre meilleure expérience de collaboration pour le succès des innovations françaises avec un impact positif au niveau territorial ? Quels impacts positifs sur les parties prenantes du territoire (fournisseurs, employés, clients, etc) ?

 

Guillaume Boudy : 2019 est une année particulière pour le Programme d’investissements d’avenir. Il va bientôt souffler sa dixième bougie. c’est le temps du retour d’expérience et de la projection: il faut tirer profit de ses succès et apprendre de ses erreurs pour gagner en efficacité dans une logique de progrès permanent. C’est pourquoi un processus d’évaluation indépendant, exhaustif et rigoureux est en cours. Il permettra au Comité de surveillance de formuler des propositions et des recommandations pour la poursuite de cette politique. Le Premier Ministre décidera ensuite des ambitions, des priorités et des modalités d’action. 

 

L’évaluation de l’impact socio-économique est une des composantes explicite de ce processus d’évaluation. Sans vouloir préempter les conclusions de ce chantier, il y a des réussites indiscutables et visibles. Les huit Instituts de recherche technologique ont redonné des lettres de noblesse à la recherche à finalité industrielle ; au-delà des grands groupes, qui avaient  davantage l’habitude de collaborer sur des programmes précis, des PME et des entreprises de taille intermédiaire ont pu intégrer cette dynamique. Ces centres d’excellence, qui attirent dorénavant des collaborations internationales, stimulent indéniablement les territoires dans lesquels ils sont implantés, en favorisant par exemple la localisation de centres de recherche ou d’unités de production. Les exemples sont nombreux et je ne souhaite pas créer de ressentiments parmi les membres de l’écosystème, mais je peux par exemple citer l’IRT Jules Verne de Nantes, positionné sur l’usine du futur et les matériaux composites, qui a permis de mettre au point des solutions remarquables en terme de robotique (cobots), de fabrication additive et de composites. Deux exemples en image :

COBOT++ : https://www.youtube.com/watch?v=vWx53wem_zo&t=5s

FATAL : https://youtu.be/gbF60MUjbqE

 

 

Interview Francophone : Quels sont vos objectifs en 5 à 10 ans et comment soutenir et inspirer les générations des innovateurs français et internationaux, quel modèle d’innovation ouverte pour la société du 21e siècle ? 

 

Guillaume Boudy : Le Programme des investissements d’avenir est un dispositif conçu pour avoir un effet transformant sur l’économie. Cette thèse d’investissement doit rester un guide pour notre action au quotidien : l’argent dépensé aujourd’hui permettra-t-il aux générations futures d’en retirer un avantage économique et/ou social, de favoriser l’émergence des conditions assurant l’épanouissement de nos concitoyens, de répondre aux grands défis du pays, notamment sa transition écologique ? L’Etat ne peut pas planifier l’économie ni même aisément discriminer ce qui est prioritaire : le monde est devenu trop complexe. Pourtant il doit faire des choix en qualité d’investisseur avisé. Ceci suppose des facultés d’observation et d’écoute pour établir une bonne stratégie. Il me semble que c’est aussi une recette commune aux entrepreneurs qui ont été couronnés de succès. Savoir prendre des risques à bon escient, accepter l’échec, rester agile, flexible, savoir mobiliser les compétences en adéquation avec les objectifs poursuivis, mais aussi avoir une vision et les capacités d’entraînement pour délivrer des résultats,. En fin de compte, le programme des investissements d’avenir est un catalyseur pour rendre plus aisément possible et ce qui est souhaitable. 

 

 

Interview Francophone : Quel conseil pour les entrepreneurs français et européens et les citoyens qui s’appretent à consommer et integrer des solutions d’innovation disruptive comme l’IA ? Quel role pour la France dans la construction de l'Europe de l'Innovation disruptive au service de l'humanité? 

 

Guillaume Boudy : L’intelligence artificielle est déjà dans votre quotidien sans que vous ne vous en aperceviez : vos interactions avec vos moteurs de recherche sur le web, la sécurisation de vos données bancaires, des solutions d’analyses de données, par exemple dans le domaine médical, sont déjà présentes. Les sources de progrès sont telles, que le déploiement de l’intelligence artificielle concerne absolument tous les domaines. Pour les entreprises, il s’agit de s’approprier ces solutions de les certifier  pour rester pertinent dans son marché, réinventer son offre de valeur ou concevoir de nouveaux produits et services. Pour les citoyens, les mots-clés sont probablement adhésion et acceptabilité. 

 

La France a pour ambition d’accueillir les talents d’innovation de demain : c’est le programme d’accompagnement de la French Tech, qui permet à des doctorants de bénéficier d’un accompagnement simplifié, performant, unique au monde et que nous élargissons aujourd’hui à la Deep Tech. L’innovation est une perturbation nécessaire, qui  permet la transformation économique et sociale, qui apporte des réponses aux enjeux environnementaux. « Make our planet great again » c’est l’injonction du Président Macron et l’ambitionque nous portons pour les générations futures.