L`esprit d`innovation,

un héritage à faire partager 

d`une génération a l`autre !

 

Interview en exclusivité avec

Pierre Breese, PDG de IPtrust

by Ingrid Vaileanu et Florin C. Paun 

La XVIIe édition du Prix "Marius Lavet, Ingénieur et inventeur" aura lieu à Paris en mars à la Maison des Arts et Métiers. Ce prix est doté par un leg de Marius Lavet, à l'origine de nombreux brevets dans le domaine de la micromécanique. Pierre Breese est le Président du Fonds MARIUS LAVET, INGINEUR ET INVENTEUR pour honorer la mémoire de Marius Lavet et mettre en valeur les ingénieurs français ayant fait preuve d'une activité inventive remarquable. Cette manifestation qui inspire les générations des innovateurs du 21e siècle est organisée avec le parrainage de La Fondation de France, représentée par son Président Pierre Sellal, la Société des ingénieurs Arts et Métiers représentée par son p son Président Jean Vigrou, Albert Fert, Prix Nobel de Physique, Cédric Villani, Médaillte Fields et Thierry Breton, Président d`Atos. Mette en valeur l'inventivité de cinq grands ingénieurs et Scientifiques.

Question:

Comment résumer vos meilleures réussites mais aussi rêves de contribuer à l'évolution de la société du XXIe siècle grâce à votre travail, au numérique et à vos équipes ? 

Pierre Breese :

Mon plaisir est d'accompagner des entrepreneurs dans leur développement, en considérant que le monde actuel présente sans doute des menaces mais aussi beaucoup d'opportunités. Les contraintes résultant d'une concurrence vive, d'un cadre règlementaire exigent, des droits de propriété industrielle des compétiteurs constituent pour ceux qui ont un état d'esprit positif de formidables stimulants.

 

Quelques belles réussites, qui sont surtout celles de mes clients que j'ai eu le plaisir d'accompagner dans la stratégie de propriété industrielle : MMT-SONCEBOZ. Créée par une petite équipe d'ingénieurs très pointus dans le domaine de la mécatronique, cette "usine à brevets" installée à Besançon a réussi à imposer des standards mondiaux dans le domaine des capteurs et actionneurs destinés à l'automobile. L'une des familles de brevets portant sur des actionneurs d'indicateurs de tableaux de bords a donné lieu à 2,5 milliards de composants fabriqués sous licence. Pas une voiture dans le monde n'utilise au moins un capteur ou actionneur sous licence MMT. Et jusqu'à présent, on a réussi à faire respecter les droits de MMT sans jamais avoir à aller jusqu'au terme d'une action judiciaire.

Autre satisfaction: avoir rapproché une entreprise centenaire dans le domaine du matériel pour apiculteur très peu innovante d'un laboratoire de recherche agronomique et initier un partenariat de longue durée entre cette PME low tech et un laboratoire scientifique.

 

Mon rêve est de pouvoir donner de l'énergie, par mon métier de conseil en propriété industrielle, a un grand nombre d'entreprises de toute taille, start-up, PME et ETI notamment "low tech", grands groupes, en leur faisant découvrir et apprécier le challenge de l'innovation et l'usage avisé de la propriété intellectuelle pour stimuler et pérenniser leur activité.

 

Question:

L'innovation ouverte demande un nouveau modele de mangement, plutot transversal, et meme un nouveau modele d`entreprise, plus agile, plus connectees avec des ecosystemes divers. Comment soutenir la transformation des organisations pour ne pas bloquer par des procedures rigides ce potentiel de creation de valeur partagée tout en contribuant au bien etre des employés et la croissance des dans les territoires . Comment envisager des outils d'innovation ouverte pour soutenir le travail collaboratif des chercheurs, des entrepreneurs et des territoires ensemble ? 

Pierre Breese :

La confiance est la bande-passante de l'information". Dans l'innovation ouverte, le principal obstacle est la peur de l'incertain ou de la perte de la maitrise de la création de valeur. Sécuriser et rassurer les partenaires d'une démarche d'innovation ouverte n'est pas facile. Tous sont très désireux de partager les risques, aléas et incertitudes inhérents à l'innovation. Mais le partage des fruits et bénéfices de cette démarche est généralement plus problématique. Cela nécessite une grande capacité d'anticipation, et mon métier de conseil en propriété industrielle et mon expérience de 35 ans de telles situations me permettent d'accompagner utilement ces démarches.

 

La notion de "bienveillance", non pas au sens affectif, mais dans la capacité à prendre en compte ce qui est bénéfique pour chacun des partenaires, est essentielle. "Un mot prononcé avec bienveillance engendre la confiance, une pensée exprimée avec bienveillance engendre le profondeur (Lao Tseu). 

 

Je crois beaucoup à la démarche "d'entreprise étendue" où l'entreprise se concentre sur son coeur de métier et développe un écosystème de start-up, PME et laboratoires de recherche dans le cadre d'un partenariat flexible, et pas seulement à un projet d'innovation. En interne, la culture privilégiant le fait que "l'innovation est l'affaire de tous" est incontournable. La réussite de cette culture ne peut négliger le besoin de reconnaissance- pas seulement financière- de tous ceux qui y contribuent.

 

Question: 

Les études d`impact, les stratégies classiques d`évaluations opposent souvent les experts entre eux et les experts et les utilisateurs et bloquent les décisions. Quelle importance donnez-vous aux outils de Co évaluation, d'évaluation et valorisation participative qui puissent intégrer les avis divers de tous dans le but d'un résultat Co construit ainsi ensemble de manière démocratique et non discriminatoire ? Est-ce que la Valeur Perçue par les diverses parties prenantes peut être importante pour améliorer les choix des projets, produits, services et Co- innover ? 

Pierre Breese :

L'évaluation menée avec rigueur et bienveillance peut être une source de progrès : l'exigence exprimée par l'évaluateur, si elle est juste et proportionnée, constitue une marque de respect et de considération pour l'évalué. L'absence d'évaluation peut être une forme de désintérêt voire de mépris. 

L'évaluation peut donc constituer un outil de management interne et externe très utile et ne doit pas faire peur, ni pour l'évaluateur, ni pour l'évalué. Mais c'et un exercice difficile et exigent qui nécessite autant de maîtrise et d'effort de l'évalué que de l'évaluateur.

 

La notion de co-évaluation peut être intéressante pour croiser des critères complémentaires, mais elle peut aussi être source de confusion et de flou, voire d'instrumentalisation des divergences entre les co-évaluations.

 

Question: 

L'aléa et l'incertitude constituent des facteurs inséparables de l'innovation. Vouloir appliquer un cadre d'évaluation rigide est incompatible avec l'innovation, et serait castrateur. L'évaluation et le management d'un projet d'innovation s'apparente à la direction d'un big band de jazz : il ne se dirige pas à la baguette, comme un orchestre symphonique, mais nécessite d'accepter une part d'improvisation. 

Pierre Breese :

Quel est votre meilleur souvenir dans le domaine de l'innovation avec les start up. Un moment qui vous a impressionné le plus...et qui peut inspirer les générations des entrepreneurs du XXIe siecle. MIT parle de TRANSFORMATIONAL ENTREPRENEURSHIP = une évolution du modele entrepreneurial de FRIEDMAN aui pensait l'entrepreneur ayant comme seul objectif le PROFIT... ENTREPRENEUR est un mot FRANCAIS. Quel est votre vision de l'entrepreneur du XXIe siecle? 

 

C'est sans doute l'agilité et la flexibilité des créateurs de start-up. Lors des présentations, le projet est souvent parfaitement carré, avec un prévisionnel sur 5 ans précis à la décimale. Et bien sur, la réalité ne correspond jamais aux postulats de départ. J'ai suivi la naissance et l'évolution de sociétés telles que CRITEO ou PAROT : quelle capacité à évoluer par rapport aux choix initiaux et successifs ! Comme le suggère Google : "tromper vous, mais trompez vous vite". 

 

Une autre source d'inspiration : l'ambition, non pas égotique, mais celle de "donner du souffle à son projet". Pierre Kosciusko Morizet, en fondant PriceMinister, ce serait fixé comme objectif de "travailler comme un malade pendant 10 ans pour gagner suffisamment d'argent pour ne plus avoir à travailler ensuite". Il a atteint cet objectif, sauf que le plaisir à travailler l'emporte et ne l'empêche pas de continuer à travailler sur de nouveaux projets encore plus excitants.

C'est l'inverse de l'entrepreneur "çam'suffit" qui vous les choses petitement et qui paradoxalement sera plus fragile et vulnérable que celui qui place la barre très haut. 

 

Question: 

Quel conseil donnez vous aux générations du XXIe siecle qui est prete à innover? 

Pierre Breese : 

Pour la génération du XXIeme, ma recommandation serait "lâchez vous, voyez grand, c'est plus excitant et convaincant. Mais faites-le en vous donnant les moyens, humains, financiers, intellectuels et en capacité de travail". Certes, ça va un peu à l'encontre du principe et surtout de la culture de précaution. Mais il est plus facile de trouver des financements pour un projet ambitieux que pour de petites aventures. Hélas, en France, on a un système de petits prêts d'honneur, de petites subventions, d'investisseurs frileux qui encourage les "Tanguy de l'entrepreuneriat".

 

Ma deuxième recommandation est "qui sort s'en sort" : ouvrez vos yeux, vous oreilles, captez l'air du temps, pour enrichir votre inspiration. Et utilisez les contraintes comme des stimulants : le brevet d'un concurrent peut être un obstacle qu'on subit avec fatalisme, ou une aiguillon pour trouver une solution alternative, souvent plus innovante. De même une norme ou une règlementation peut constituer une source de créativité permettant de prendre une longueur d'avance sur les concurrents.

 

Enfin, le rappel que la meilleure protection est la vitesse : la vitesse pour occuper son marché, la vitesse pour régénérer en permanence son offre. Dans ce contexte, la propriété industrielle trouve toute sa place, car elle permet d'accélérer le développement par des politiques de licences et de ralentir un peu la meute de concurrents par un usage avisé de la protection industrielle.

Pierre Breese a reçu en 2016 à Issy-les-Moulineaux le PRIX DE LA CONFIANCE par la presse internationale lors de la Conférence pour LA CO-CONSTRUCTION DE LA CONFIANCE au 21e siècle organisée par la start-up innovante XVALUATOR (l`outil universel de valorisation participative et qualification des LIKEs par l`agrégation en temps réel et continue de tous les LIKEs et les CRITERES des LIKEs de tous et à tout moment).