Calin Popescu Tariceanu, Président du Senat de la Roumanie  

Interview en exclusivité avec un Dirigeant Francophone qui inspire la Roumanie du 21e siècle

by Ingrid Vaileanu 

Question:

Vous avez réussi à donner une forte dynamique économique à la Roumanie avant la crise de 2008 et surtout vous avez mis les bases des reformes en faveur d'une véritable culture d'innovation en Roumanie. Quel sera le rôle de la Roumanie dans le développement économique européen et dans le développement durable en général ?

Calin Popescu Tariceanu:

Il est tout à fait vrai que les quatre années pendant lesquelles j’ai eu l’honneur d’exercer la fonction de Premier Ministre du Gouvernement roumain ont été particulièrement favorables à l’essor économique du pays, ainsi qu’à l’amélioration notable du niveau de vie des citoyens. En fait, il s’est agi des premiers effets conjoints de l’intégration européenne ainsi que de la récupération au niveau national de la confiance dans la propriété privée. Du point de vue social, cela s’est traduit par une affirmation significative d’une nouvelle classe moyenne, dont les aspirations s’avéraient enfin réalisables. Il est vrai que la crise globale a eu des effets nocifs exactement à ce niveau de la classe moyenne qui a vu son élan se briser, mais une politique prudente d’encouragement de la consommation, telle que le gouvernement ”post-austérité” de la dernière année peut réenclencher les mécanismes du développement : c’est pourquoi nous avons eu derechef ces derniers temps un haut rythme de croissance.

 

Mais vous avez sans doute compris d’ores et déjà que ; dans ma vision de l’avenir à moyen terme ce n’est pas suffisant. Mon projet peut être aisément énoncé, et je l’ai souvent exprimé : puisque la Roumanie est le septième pays de l’Union Européenne du point de vue de la surface et de la population ; il faut que la Roumanie devienne aussi le septième pays de l’UE comme importance – allant du produit interne à l’importance politique – et, pourquoi pas, à sa contribution scientifique et culturelle au patrimoine européen.

 

Si ce projet est facile à énoncer, il est difficile à réaliser, du moins tant qu’on ne met pas en jeu des mécanismes de progrès accéléré, dont le liant et l’essence est sans aucun doute l’innovation. La Roumanie a toujours eu à brûler les étapes de son développement – et je dois ajouter que le moteur politique de ces rythmes qu’on devrait retrouver maintenant a toujours été le libéralisme. A ses origines, la Roumanie moderne a dépensé des trésors d’inventivité afin de rattraper le niveau des pays de l’Occident, et elle avait presque réussi quand la dictature communiste avait cassé son envol. Si nous réussissons maintenant à faire renaître ce même optimisme social et à généraliser au niveau de tout un pays les capacités d’innovation qui font surface au niveau individuel, je suis convaincu que ma vision sera réalisée. 

 

Question:

Comment peut contribuer la Roumanie a l'évolution du modèle économique et social pour a création de valeur partagée (economique, sociale et environnementale)?

Calin Popescu Tariceanu:

La Roumanie a perdu, pendant la première décennie après la chute du communisme, une grande partie de son industrie héritée des années ’70 et ’80. Sur le champ, ceci a représenté une perte sèche, autant du point de vue de son PIB que de celui du taux du chômage. Mais cette même circonstance peut devenir « a blessing in disguise », car elle nous permet de construire une économie non-polluante, moderne et fortement automatisée – bref, nous pouvons de nouveau brûler les étapes en réduisant le coût social de la modernisation.

Il faut rappeler, par ailleurs, que nous avons aujourd’hui encore des élites hautement éduquées, aussi bien dans le domaine technique que dans celui des sciences fondamentales, et qu’ainsi nous pouvons disposer de ressources humaines susceptibles non seulement de produire, mais aussi d’innover.

Question: 

Les étudiants roumains qui ont fait des études en Europe et dans le monde veulent jouer un rôle important dans le développement de la Roumanie même s 'ils choisissent de suivre leurs carrières professionnelles brillantes à l’international. Comment encourager ces BICULTURELS à développer des projets avec la Roumanie en créant des ponts de confiance avec des structures crédibles a l’international pour une réciprocité des bénéfices ?

Calin Popescu Tariceanu:

Les étudiants roumains ont depuis longtemps prouvé leur capacité à créer et recréer des ponts entre leur patrie d’origine et leurs patries d’adoption. Vous savez peut-être que pendant ses deux siècles d’illustre existence, l’École Normale Supérieure a accueilli aussi des élèves étrangers ; or, lors du bicentenaire de l’ENS, on a constaté que le plus grand nombre de ces étudiants venaient de Roumanie, et c’est pourquoi l’École a organisé une partie de ses festivités à Bucarest.

 

Question: 

Quelle est votre meilleure expérience en tant que cadre qui a fait une partie de ses études à l’international ? Comment faut-il envisager capitaliser sur cette éducation internationale pour développer la Roumanie et les relations avec les partenaires européens ?

Calin Popescu Tariceanu:

Il est essentiel, de mettre à l’œuvre en Roumanie même ces compétences biculturelles, à la fois en leur offrant des positions à la mesure de leurs compétences en Roumanie même et/ou en multipliant les collaborations et les rencontres entre eux et leurs collègues restés sur place. En ce sens, les entreprises venant des pays de l’UE ou des Etats Unis peuvent jouer on rôle des plus importants, en utilisant de façon programmatique, par exemple, des « anciens » d’origine roumaine formés dans les écoles de leur propre pays. De toute manière, ces doubles formations sont précieuses, surtout avec ce qu’elles peuvent apporter à l’identité européenne de nos peuples et au dialogue scientifique et culturel réciproque.

 

Question: 

Quel est votre conseil pour les étudiants et cadres roumains francophone qui ont fait des études a l’international ?

Calin Popescu Tariceanu:

Je souhaite le plus grand succès à toutes celles et à tous ceux qui ont bénéficié à la fois d’un enseignement solide en Roumanie et de l’ouverture vers le monde que m’International leur a offert. Que ce succès soit en Roumanie ou ailleurs, il reste une composante constitutive du patrimoine scientifique et culturel de leur patrie, qui en est fière. Mon vœu est aussi de les voir être fiers des progrès de la Roumanie, et si c’est possible de les voir y contribuer par des voies qui leur seront les plus favorables.