L'innovation au 21e siècle: un état d'esprit collectif !

Interview en exclusivité pour l'édition spéciale 2019

VISIONNAIRES DU 21e siècle du journal européen 

Interview Francophone avec

Jean-Pierre Letartre

 

Président d'EY France et

Managing Partner Western Europe, Maghreb et Afrique francophone

by Ingrid Vaileanu 

Photo: Source YE par Virginie de Galzain

Interview Francophone : Comment résumer votre stratégie d’innovation ? 

Jean-Pierre LETARTRE : Notre fil d’Ariane et notre obsession, c’est la transformation de nos métiers. Avons-nous toutes les compétences pour conseiller nos clients et parties prenantes à résister et à croître au milieu des bouleversements profonds qui fracturent et refondent notre société ? Disposons-nous des technologies qui modèleront effectivement notre futur ? Avons-nous pris en tant qu’organisation et personnellement la mesure du changement ? Ce sont ces questions qui guident nos décisions en matière d’innovation au quotidien et qui nous ont décidé à muscler nos compétences en data science, robotique et blockchain, à mener de front refonte des processus, recrutement de profils d’expert et à réinventer nos offres de services. 

Nous avons ouvert un Lab de 600 m2 au sein de nos bureaux de la Défense, une ruche où se retrouvent nos clients, nos équipes et tous les talents de nos récentes acquisitions, le cabinet Greenwich Consulting spécialisé dans le digital et l’expérience client (2013), le cabinet de conseil en data science Bluestone Consulting (2015), la plateforme d’innovation collaborative Cognistreamer (2016) et le cabinet de conseil en stratégie OC&C (2017), entre autres. Comme en témoignent les dates, c’est une approche qui se consolide année après année sur un rythme soutenu, condition essentielle pour mener à bien notre transformation. 

S’il est indispensable d’acquérir de nouvelles compétences et de nouvelles technologies, nous savons aussi que pour emporter le jeu, l’innovation est essentielle. Or c’est avant tout un état d’esprit qui doit être vécu et porté par chacun au sein de l’organisation, qui ne se décrète pas. C’est d’autant plus important pour EY que contrairement au secteur industriel qui innove dans des centres de R&D, l’innovation ne se fait pas dans un service de notre entreprise en particulier, elle naît au contact des clients, au cœur de cette relation qui est au fondement du travail du consultant.

 

Interview Francophone : Et quelles stratégies pour intégrer les parties prenantes dans les transformations du XXIe siècle ?

 

Jean-Pierre LETARTRE : Nos clients, fournisseurs, partenaires, les organisations internationales et publiques avec lesquelles nous travaillons, toutes et tous ont déjà senti la nécessité de se transformer et se sont engagés dans une mutation de leurs modes de travail habituels, voire de leur modèle d’affaires. Nous sommes à pied d’œuvre avec eux. De par notre cœur de métier et en tant qu’observateurs privilégiés de la vie économique, nous pouvons les aider à aller plus loin, à mieux comprendre les changements en cours et surtout les mettre en œuvre opérationnellement. 

 

Interview Francophone : Qui sont les partenaires de l’accélération des innovations ? Comment le modèle français d’innovation peut inspirer les générations européennes de l’innovation disruptive au service de l’humanité ? (au sens des initiatives franco-allemandes agiles et pragmatiques comme JEDI, Joint European Disruptive Initiative) 

Jean-Pierre LETARTRE : Maintenir le rythme de l’innovation dans un monde qui s’accélère passe par des partenariats, car l’un des moyens les plus sûrs de multiplier les sources d’idées est de les faire circuler. Start-up, alliances technologiques ou stratégiques avec d’autres entreprises, intrapreneuriat, les possibilités sont innombrables, l’enjeu est de créer – et animer – un écosystème innovant qui dépasse les frontières de l’entreprise. Un modèle qui contribue largement à la réussite de l’écosystème entrepreneurial français et qui est tout autant une source d’inspiration pour les futurs entrepreneurs européens qu’une promesse de croissance pour les entreprises. Car menée conjointement avec une intégration de la chaîne de valeur, cette perméabilité ouvre la voie à un modèle différent basé sur la rapidité et la diversification des offres de services. L’occasion pour de nombreuses entreprises de changer d’échelle.

Chez EY, nous encourageons cette perméabilité. Nous avons noué des partenariats technologiques avec SAP et Microsoft notamment et travaillons régulièrement avec des start-up.

 

Interview Francophone : Quel conseil pour les innovateurs français et européens qui peuvent s’inspirer de vos stratégies d’innovation courageuses, agiles et disruptives ?

Jean-Pierre LETARTRE : Innover, c’est prendre des risques. C’est être courageux. On est toujours tenté de donner des recettes éprouvées, de miser sur les technologies les plus avancées, de mettre toute son intelligence et celle de ses collaborateurs à voir plus loin, l’important est de transformer toute cette intelligence en actes. Planifier est important, agir, c’est mieux. C’est pourquoi non seulement il faut prendre tous les virages technologiques, mais aussi et surtout réussir le virage dans les habitudes. C’est particulièrement vrai dans une grande organisation comme la nôtre : il faut créer les conditions pour que chacun puisse agir et innover dans un environnement contraint par des règles par ailleurs complexes. C’est une des responsabilités du dirigeant aujourd’hui. Agir et faciliter l’action des autres. Oser dans la durée. Avoir le courage de remettre en cause. Il y a une phrase de Keynes qui résume bien cette idée : « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux anciennes ». Un but qui doit être recherché collectivement.

 

Interview Francophone : Quels sont les meilleurs dispositifs qui ont permis la croissance et le succès de vos innovations ? 

 

Jean-Pierre LETARTRE : Il était question d’écosystème tout à l’heure, c’est encore dans une architecture en réseau que se trouve l’un des leviers de la croissance d’EY et un terreau d’innovation : son réseau global. Ces dernières années ont vu une intégration plus forte de nos régions, et pour cause, les problématiques de nos clients dépassent de plus en plus les frontières des pays. Dans un monde étroitement connecté, les défis sont globaux, mais les solutions, locales. Notre organisation s’est développée en réponse à cette nouvelle complexité et facilite ainsi la circulation des idées et de l’innovation dans toutes les entités d’EY dans le monde.