Un président visionnaire à la hauteur des défis de la recherche et de l'innovation de l'aérospatiale

Interview en exclusivité Interview Francophone pour l'édition spéciale 2019 Visionnaires du 21e siècle 

Bruno Sainjon

Président, ONERA

                   

by Ingrid Vaileanu 

Interview Francophone : Quelle est votre opinion sur le Salon Aéronautique de Bourget, son importance pour le secteur et quels annonces importantes par ONERA cette année

 

Bruno Sainjon : Le salon du Bourget est un rendez-vous incontournable pour le secteur de l’aérospatial. Il est donc naturel que l’ONERA y soit présent. Pour cette édition 2019, l’ONERA a présenté quelques une de ses innovations concernant l’aéronautique, la défense et l’espace. Je pense bien sûr au concept de recherche DRAGON. L’ONERA utilise son savoir-faire dans l’ensemble des disciplines aéronautiques pour analyser dans le détail les avantages et inconvénients de l’utilisation de la propulsion électrique distribuée pour un avion de transport commercial. Concernant la défense, le système Graves, est en service depuis près de quinze ans. Il est la première brique de la militarisation de l’espace, puisqu’il s’agit de voir ce qui s’y passe. Très peu de pays en sont capables. Une rénovation du système est en cours, mais il faut d’ores et déjà préparer son successeur. Nous avons dévoilé à l’occasion de l’édition 2019 du Salon du Bourget notre proposition pour lui succéder. Plus performant et efficace, ce système propose également des fonctionnalités nouvelles. Une étape à ne pas rater que l’ONERA prépare résolument. Mais l’ONERA a présenté bien d’autres projets, je pense à de nouveaux modes de propulsion « verts » pour les satellites ou encore à l’accompagnement que nous réalisons aux profits de systèmes de dirigeables innovants, comme avec Flying Whales ou Thales. 

Le salon du Bourget a été l’occasion pour l’ONERA de rencontrer ses partenaires et nous avons signé de nombreux accords internationaux pour la recherche scientifique ou technologique, qu’il s’agisse de coopérations bilatérales ou d’accords au sein d’associations européennes. Par exemple sur l’intelligence artificielle avec le DLR allemand ; l’optimisation des rotors des hélicoptères avec le DLR et la JAXA japonaise ; la recherche sur l’aéronautique civile avec le conseil national de la recherche canadienne mais encore des accords avec la NASA ou des organismes européen comme Cleansky ou l’EREA (association of European Research Establishments in Aeronautics). Le Bourget a aussi été l’occasion de très fructueux contacts pour l’activité soufflerie. 

Interview Francophone : Quels sont les défis environnementaux auquels l'ONERA approche des solutions ensemble avec des partenaires scientifiques et d'innovation? 

 

Bruno Sainjon : Les nouvelles demandes sociétales exigent de l’innovation afin de réduire l’empreinte environnementale et sonore. Et en France, le secteur aéronautique et spatial bénéficie de réelles impulsions étatiques, je pense aux axes stratégiques définis par les assises du transport aérien et qui ont été approuvés par la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Mais aussi en Europe avec bien sûr l’initiative Cleansky. Dans ce cadre nous avons dévoilé le concept de recherche DRAGON, dont je vous parlais, et qui est pour partie financé par l’Europe dans le cadre du programme Cleansky. Dragon permet d’améliorer le rendement propulsif d’un avion de ligne (150 passagers et une vitesse de croisière autour de Mach 0.8) et de préparer le tout électrique. Les moteurs électriques sont alimentés par de l’électricité produite par des turbines situées à l’arrière de l’appareil. Il s’agit d’une technologie de propulsion hybride, puisque le kérosène embarqué serait transformé en électricité.

Par rapport à un avion de ligne mis en service en 2014, l’intégration de la propulsion électrique distribuée, associée aux évolutions attendues des composants de l’avion à horizon 2035, permettrait de réduire de plus de 25 % la consommation de kérosène pour un vol de 800 nm (1400 km).

L’ONERA travaille sur bien d’autres pistes pour une aviation plus respectueuse de l’environnement,  je pense bien sûr aux bio-carburants, mais aussi à la réduction du bruit. Nous avons à ce propos un partenariat avec la NASA pour la réduction du bang sonique.

 

 

Interview Francophone : Lors du Salon 2019 on a invoqué l'importance de la collaboration avec les Start-up et les PME de tous les secteurs. Quelle est la stratégie visionnaire de l'Onera pour le transfer de technologie vers des Start-up et PME innovantes et comment inspirer les modeles aussi d'innovation ensemble avec les parties prenantes 

 

Bruno Sainjon : Les PME innovantes sont un élément essentiel de l’essor de l’aéronautique, elles contribuent par leurs innovations et leur agilité à irriguer un secteur qui a sans cesse besoin d’innover. L’innovation, c’est le métier de l’ONERA, mais nos missions et fonctionnements sont différents et très complémentaires. Nous travaillons dans le temps longs, bien avant les phases d’industrialisation, les PME sont dans le temps courts. 

L’ONERA travaille d’ailleurs avec de très nombreuses PME innovantes dans différents  domaines que j’ai cité, et sont sources de nombreux partenariats et études que nous menons parfois en commun, je pense bien sûr aux drones ou à l’intelligence artificielle. Les innovations de rupture que nous réfléchissons pour demain ont besoin des technologies innovantes que les PME développent aujourd’hui. L’ONERA travaille sur la science et non sur des produits finis. Les PME se nourrissent de cette science pour développer et proposer leurs produits. D’un autre côté, les PME sont un rouage essentiel pour un établissement comme l’ONERA, de par leurs capacité d’innovations qui inspirent et nous sert et leur capacité d’adaptation sur des besoins parfois très particuliers. Pour preuve, en 2018, l’ONERA a contractualisé avec pas moins de 1730 PME ! A titre d’illustration, nous présentions au Bourget la maquette de soufflerie du futur dirigeable de la PME française Flying Whales que nous accompagnons pour le développement de solutions performantes. L’ONERA accompagne également la start up française Ascendance Flight Technologies qui a dévoilé au Bourget son nouveau concept  Atea, un modèle hybride entre un avion et un hélicoptère, électrique et quasi-silencieux, qui décolle verticalement et est destiné à desservir des zones urbaines. Nous apportons plus spécifiquement notre aide sur le développement d’un rotor plus efficient et silencieux.

Interview Francophone : Quel est votre souhait pour l'ONERA du prochain 21e siècle et pour l'Europe de l'innovation disruptive du 21e siècle. 

 

Bruno Sainjon : La mission première de l’ONERA, parfois oubliée, est d’éclairer le futur et de mettre à disposition des acteurs du domaine des outils adaptés. L’ONERA conduit des recherches finalisées au profit de ses partenaires, étatiques et industriels. Nous venons d’élaborer des feuilles de routes, qui n’ont pas seulement pour objectif de développer la connaissance scientifique, elles visent à mettre celle-ci au service du développement d’objets et d’outils scientifiques et techniques concrets, ambitieux, sources des applications futures, opérationnelles et/ou industrielles selon les trois finalités défense, aéronautique et espace.

Les scientifiques de l’ONERA analysent, défrichent et contribuent à l’aérospatiale du futur. Demain, les avions seront encore plus sûrs, encore moins bruyants, encore moins polluants. Et je ne cite, ici, que quelques exemples, parmi de nombreux autres axes de recherche (spatial, défense…), de ce que nos scientifiques et nos ingénieurs peuvent faire. Le Salon du Bourget a été une excellente occasion de mettre en lumière la manière dont nos scientifiques conçoivent l’avenir, comme un message envoyé aux acteurs étatiques et industriels français et européens: notre mission est aussi d’assurer votre avenir! Nous avons besoin de leur soutien et de leur implication dans nos recherches. Car pour redonner des ailes à notre aérospatiale, il faut redonner du souffle à notre recherche!