L’usine 4.0

à la française

 

Interview en exclusivité avec

Bruno Grandjean

Président de l’Alliance industrie du futur 

Président de L’USINE EXTRAORDINAIRE

Le Grand Palais à Paris

by Ingrid Vaileanu et PhD. Florin Paun  

Interview Francophone :Comment est né le concept de l'Usine Extraordinaire ?  

Bruno Grandjean : Depuis plusieurs décennies, le lien a été cassé entre les français et l’industrie. Par cet événement, qui s’est tenu sous la Nef du Grand Palais du 22 au 25 novembre, nous avons voulu faire changer les mentalités sur le monde des usines. Montrer que nous sommes loin des usines sales et archaïques. Aujourd’hui, l’industrie se digitalise et s’équipe de robots et de machines intelligentes. Ce qui a fortement fait évoluer les conditions de travail. Cette première édition de l’Usine Extraordinaire a présenté des lignes de fabrication en activité, des robots, des machines-outils, des équipements de réalité virtuelle, une pale d’éolienne grandeur nature, un moteur d’avion électrique,… et surtout a permis des rencontres entre le grand public et les personnes qui travaillent dans l'industrie. Nous avons ainsi voulu recréer un lien affectif à notre industrie. Un pari réussi avec 40 500 visiteurs sur 3 jours ! Les témoignages que nous avons recueillis parlent d’eux-mêmes : https://www.youtube.com/watch?v=rlH0PpQgy2E&feature=em-uploademail

 

Interview Francophone : Quel rôle joue l'innovation dans le futur de l'industrie ? 

Bruno Grandjean : L'industrie française a besoin de monter en gamme et de tirer parti des nouvelles technologies. En investissant dans le numérique, la robotisation, la fabrication additive (impression 3D), etc. la France a l’opportunité de raccrocher le bon wagon. Le « suramortissement numérique » présenté par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, il y a quelques semaines va dans le bon sens. Ce soutien conjoncturel pourrait encourager les décisions d'investissement, surtout en cette période d'incertitude sur la croissance. Ainsi, nous pouvons accroitre notre productivité et partir à la conquête de nouveaux marchés, notamment à l’export. La révolution numérique couplée à une politique volontariste mise en place par les industriels, pourrait faire revenir l’industrie française sur le devant de la scène économique mondiale. La numérisation de l’industrie est aussi à lier directement avec la  digitalisation de l'économie et aux nouveaux business models émergents qui conduisent les entreprises à vendre des services en ligne liés à leurs produits.

 

Interview Francophone : Comment inspirer les jeunes pour qu’ils fassent le choix de l’usine? 

Bruno Grandjean : La clé, c’est montrer la réalité de nos usines. L’Usine Extraordinaire leur montre une industrie moderne mais surtout humaine. Nous prônons dans nos usines le mode collaboratif et l’intelligence collective. C’est aussi l’opportunité de participer à la construction du monde de demain. Plus que tout, l’industrie propose de multiples opportunités. Les travailleurs qualifiés sont recherchés par les industriels. Mieux, grâce au fonctionnement méritocratique de l’usine, on peut gravir les échelons tout au long de sa carrière. Nous voulons que les jeunes générations comprennent que l’usine peut être une aventure professionnelle formidable.

Interview Francophone :  Peut-on miser sur un marché européen de l’industrie ? 

Bruno Grandjean : Savoir si la politique industrielle doit rester à l’échelle des nations ou si elle doit passer à l’échelon européen, c’est la vraie question. On a vu apparaitre depuis le Brexit un changement de doctrine. Il est indéniable qu’aujourd’hui le problème c’est la Chine et les Etats-Unis. Ces puissances se positionnent comme une sorte d’impérialisme économique. L’Europe a compris qu’il fallait qu’elle soit protectrice. Il faut faire confiance à Bruxelles car nous sommes à un tournant. Soit nous militons pour la mise en commun de notre industrie et considérons que la construction de champion de l’industrie est l’affaire de tous : dans ce cas nous serons en mesure de construire une économie très forte. Soit on vit reclus à l’intérieur de nos frontières mais là le risque d’échec est grand.

 

Interview Francophone : Quel conseil donneriez-vous aux acteurs de l’Industrie du Futur ?

Bruno Grandjean : Nous, les industriels, devons être militants de notre propre cause. Nous devons nous engager et investir pour devenir extrêmement compétitifs. Nous devons aussi travailler avec l’éducation nationale pour définir des formations en adéquation avec les besoins de nos entreprises. L’industrie c’est le temps long, nous avançons à petits pas. En tant que président de l’Alliance Industrie du Futur, je suis convaincu de la nécessité d’accompagner les entreprises de toute taille dans leur modernisation. Notre approche de travail de pair à pair entre les entreprises nous permet de dynamiser le tissu industriel. J’encourage tous les industriels à s’engager dans la démarche.

 

Note: La rédaction Interview Francophone remercie les équipes de HOPSCOTCH, LIVE RESONANCE et Fédération des Industries Mécaniques pour leurs collaboration et support.