Un humaniste au service de l'humanisme universel 

 

Interview en exclusivité pour l'édition spéciale 

Visionnaires du 21ème siècle

avec 

Jean-Michel QUILLARDET 

Ancien Grand Maitre du Grand Orient de France, Fondateur de l'Observatoire International de la Laïcité contre les dérives communautaires et auteur du livre "Pour un Humanisme universel.  Force, sagesse, beauté de la République laïque."

by Ingrid Vaileanu   

Interview Francophone : Quel est le rôle de la laïcité pour un meilleur 21e siècle ?!

 

Jean-Michel QUILLARDET : La laïcité est un principe juridique et un principe philosophique. Sur le plan du droit, c'est la séparation des États et des églises. Soit l'incompétence de l'État à s'occuper des affaires religieuses, sauf trouble à l'ordre public, et l'incompétence des religions à s'immiscer dans les affaires de l'État. La laïcité est bien définie par l'article 1 de la loi de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » et par son article 2 : « La République

ne salarie ou ne subventionne aucun culte (...) ». Ce principe juridique me paraît être d'une parfaite actualité au XXIe siècle. Sachant que ce principe juridique n'est pas respecté, même dans le cadre de la République française puisqu'il existe en Alsace et Moselle un autre socle juridique, qui est

le concordat, contraire aux principes qui viennent d'être évoqués.

C'est également un principe philosophique, c'est-à-dire refuser tout dogme imposé, tout cléricalisme. La laïcité est émancipatrice, elle doit permettre à chacun d'adopter des convictions par sa propre raison et ses propres goûts et non pas par héritage identitaire.

C'est l'application de la philosophie des Lumières : libre examen, la pensée libre, la liberté de conscience. La laïcité, c'est le contraire du communautarisme, c'est la réunion des différences, chercher la voie de l'harmonie malgré ces différences, c'est sortir de sa fratrie pour aller

vers les autres et construire un chemin commun.

Interview Francophone : Quels sont vos plus chers projets et idées à partager avec la société ?

Jean-Michel QUILLARDET : Dans l'état actuel de la société du XXIe siècle, outre le projet laïque que nous venons de résumer, il convient de lutter contre toute forme de violence : physique, économique et sociale. Nos ancêtre franc-maçons ont fait la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'État, il faut sans doute envisager une autre forme de séparation, celle de l'économique et de l'humain. Non plus l'humain au service de l'économique, mais l'économique au service de l'humain. Notre but est une société plus juste, plus fraternelle, plus humaine.

C'est sans doute une utopie, mais seules les utopies permettent à un moment donné de faire avancer sur le plan législatif et sociétal les choses.

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen a été une utopie, elle est aujourd'hui une réalité...

Le droit syndical était une utopie, il est aujourd'hui une obligation juridique.

Il faut revenir aussi à l'idée de tolérance : certes, ne pas tolérer l'intolérable mais respecter

les idées et les convictions d'autrui, sans anathème, sans stigmatisation, dans le cadre

d'un débat démocratique bien organisé.

 

Interview Francophone : Comment réussir une métamorphose de chacun des citoyens en humanistes et est-cela désirable ?

 

Jean-Michel QUILLARDET : La franc-maçonnerie est, à mon sens, essentiellement une formation humaniste.

Nous entrons en maçonnerie comme des pierres brutes, profanes, et nous devons travailler sur nous-mêmes avec les autres pour partager et faire partager les grandes valeurs humanistes que nous ont léguées nos ancêtres et notre histoire, la liberté, la dignité de l'homme, l'égalité, la fraternité, les droits imprescriptibles de l'humanité, les droits économiques et sociaux, etc.

Mais c'est aussi un travail intérieur qui consiste pour chaque franc-maçon à en principe devenir un exemple de modération, de tolérance, de sagesse, dans ses rapports avec autrui et dans l'exercice de ses responsabilités profanes.

C'est sans doute la chose la plus difficile de l'engagement maçonnique et nous ne sommes pas parfaits. Nous avons des ombres et des lumières. Mais nous sommes obligés à être des lumières, ou du moins, soyons modestes, des petites lucioles dans cet obscurantisme naissant.

L'humanisme est aujourd'hui en danger du fait de la montée des populismes, des extrémistes de droite, de la réaction, des intégrismes religieux...

La franc-maçonnerie permet à chacun de donner des clefs pour devenir en effet des citoyens humanistes, et cela est l'obligation de chacun de ceux et celles qui rentrent dans obédience maçonnique, adogmatique et libérale.

 

Interview Francophone : Quels projets pour les suivantes années? Quel conseil pour les français et les autres européen concernant la laïcité, l’humanisme ?

 

Jean-Michel QUILLARDET : Dans mon livre, il y a un chapitre qui est intitulé « actualité des Lumières ». Les Lumières, dans sa philosophie, avec ses grands auteurs, Voltaire, Diderot, Rousseau, Lalande, d'Alembert, Condorcet, etc.

La philosophie des Lumières est un projet d'avenir pour l'ensemble de la société et en particulier pour l'ensemble de l'Europe car les Lumières n'ont pas été que françaises, celles-ci ont été anglaises, hollandaises, et même allemandes… mais le projet qui paraît le plus exigeant aujourd'hui est naturellement celui de la transition écologique. La terre brûle, nous sommes comptables de l'héritage naturel que nous laisserons à nos

enfants et nos petits-enfants et les francs-maçons ne peuvent ignorer cet engagement qui devra amener incontestablement à une vie plus modeste, plus proche de la nature, plus proche des sujets essentiels, sans nécessairement une matérialité qui assèche le monde

et qui est un danger souvent pour la vie.

Il y a beaucoup de problèmes posés par cette transition écologique, des problèmes économiques et sociaux notamment et c'est certainement aujourd'hui avec les Lumières, les droits de l'homme et du citoyen, les droits économiques et sociaux et la laïcité le projet

d'avenir pour le XXIe siècle pour l'ensemble des européens.

Quant à la laïcité en ce qui concerne l'Europe, on dit toujours que ce mot n'est pas traduisible dans les langues de l'Union européenne, mais incontestablement il est traduisible en acte.

Il y a plusieurs formes de laïcité en Europe, une laïcité plus ouverte en Grande-Bretagne, une laïcité qui devient de plus en plus autoritaire en France, une laïcité belge qui assure la séparation entre les laïques, c'est-à-dire ceux qui ne croient pas en dieu pour les belges,

et ceux qui sont adeptes de telle ou telle religion, …

La question laïque est au coeur de l'Union européenne et doit être développé l'article 17 du traité de Lisbonne qui impose le dialogue de la Commission européenne et du Parlement européen avec certes les organisations confessionnelles mais aussi les organisations non-confessionnelles...

Ce dialogue est aujourd'hui insuffisant.