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Le métier de médecin pour inspirer les générations du XXIe siècle

Interview avec

 

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu

Cette interview a été selectionnée pour l'édition 2026 Visionnairee du 21e siècle du journal européen à Paris www.interviewfrancophone.net membre de l'Association de la presse etrangère  à Paris

by Ingrid Vaileanu-Paun 

 

Interview Francophone : Comment peut-on résumer votre carrière ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Ma carrière est avant tout un parcours guidé par la passion de la neurologie, la recherche permanente de connaissances et le désir d’aider les patients. Après mes études de médecine à l’Université « Carol Davila » de Bucarest, j’ai exercé en Roumanie avant de poursuivre ma formation en neurosciences à Paris. Depuis plus de trente ans, j’ai travaillé dans des hôpitaux universitaires prestigieux comme la Pitié-Salpêtrière, Henri-Mondor et l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM). J’ai eu la chance de participer à des projets de recherche en neurologie, épilepsie, neurogénétique et neuromodulation, tout en poursuivant une activité universitaire et scientifique internationale. Mais au-delà des titres et des publications, je résumerais surtout ma carrière comme une aventure humaine, faite de rencontres, de travail, de transmission et de passion pour le cerveau humain.

 

Interview Francophone : Que signifie le métier de médecin pour vous et pour le XXIe siècle ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Le métier de médecin représente pour moi une vocation profondément humaine. La médecine ne consiste pas seulement à poser un diagnostic ou à prescrire un traitement ; elle exige une écoute, une empathie et une relation de confiance avec le patient. Au XXIe siècle, la médecine connaît une révolution extraordinaire grâce aux progrès de la génétique, de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies thérapeutiques. Cependant, je pense qu’il est essentiel de préserver l’humanité du soin. Les médecins ne doivent jamais devenir de simples exécutants de technologies. Derrière chaque image, chaque algorithme ou chaque donnée biologique, il y a une personne, une histoire, une souffrance et un espoir. Le futur de la médecine doit être à la fois scientifique, innovant et profondément humain.

 

Interview Francophone : Votre récent livre « Neuromodulation en neurologie et psychiatrie », publié chez Elsevier Masson, est très intéressant. Quel est votre souhait pour l’avenir de la médecine ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Mon livre reflète mon désir de partager les nouvelles approches thérapeutiques avec les jeunes générations de médecins. Nous vivons une période passionnante où les technologies permettent d’offrir des solutions innovantes à des patients souffrant d’épilepsie, de douleurs chroniques, de migraines, de la maladie de Parkinson, etc. Mon souhait pour l’avenir est que ces progrès deviennent accessibles au plus grand nombre. J’espère également que la médecine continuera à développer une approche personnalisée, basée sur la compréhension des causes génétiques, biologiques et environnementales des maladies. Mais surtout, je souhaite que les médecins gardent leur curiosité intellectuelle, leur capacité d’écoute et leur passion pour l’être humain. Mon fils, Andrei Vlaicu, avec qui j’ai coécrit ce livre, représente cette nouvelle génération ouverte à l’innovation scientifique.

 

Interview Francophone : Quels sont les projets et personnalités qui vous ont le plus inspirée et/ou soutenue ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

J’ai eu la chance de rencontrer des personnalités remarquables tout au long de ma carrière. Mon maître en neurologie, le professeur Vlad Voiculescu, a joué un rôle déterminant dans mon orientation professionnelle et scientifique. En France également, plusieurs grands neurologues et chercheurs m’ont inspirée par leur exigence intellectuelle et leur humanité. Les projets de recherche auxquels j’ai participé à la Pitié-Salpêtrière, à l’ICM et dans le domaine de la neuromodulation ont profondément marqué mon parcours. Le travail interdisciplinaire entre neurologues, neurochirurgiens, neuroradiologues, généticiens et chercheurs représente pour moi l’avenir de la médecine moderne.

 

Interview Francophone : Quelle est votre meilleure expérience professionnelle et pourquoi ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Il est difficile de choisir une seule expérience, car chaque patient et chaque projet ont marqué mon parcours. Mais je dirais que les moments les plus forts sont ceux où l’on voit un patient retrouver une meilleure qualité de vie grâce à une approche thérapeutique innovante. La participation au développement des techniques de neuromodulation et la prise en charge de patients souffrant d’épilepsie pharmacorésistante ont été particulièrement importantes pour moi. Voir un patient reprendre une vie normale après des années de souffrance représente une immense satisfaction humaine et professionnelle.

 

Interview Francophone : Vous êtes membre de plusieurs sociétés savantes internationales, notamment de la Société Française de Neurologie, de la Société Française et Internationale de Neuromodulation, ainsi que de l’European Academy of Neurology. Comment ces collaborations scientifiques internationales influencent-elles votre vision de la neurologie moderne ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

J’ai toujours beaucoup apprécié les échanges nationaux et internationaux lors des congrès scientifiques, qui permettent d’être en contact permanent avec les avancées les plus récentes dans le domaine des neurosciences, de partager des idées et de construire ensemble la médecine de demain. Tous ces éléments influencent profondément ma vision de la neurologie moderne. Mais au-delà des progrès technologiques, ces collaborations internationales me rappellent surtout que la neurologie reste une discipline profondément humaine. Nous parlons aujourd’hui de réseaux neuronaux, de neuroplasticité, de biomarqueurs, de génétique ou de stimulation cérébrale, mais derrière chaque découverte scientifique, il y a toujours la complexité de l’être humain, avec ses émotions, sa mémoire, son imaginaire et sa souffrance.

 

Interview Francophone : Votre parcours relie médecine, neurosciences, littérature et art. Peut-on faire un lien avec votre chapitre « À la frontière d’un rêve » publié chez Classiques Garnier ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Absolument. Ce chapitre consacré à Jean-Jacques Rousseau représente probablement l’un des meilleurs exemples de la rencontre entre la neurologie, la littérature et la réflexion sur la condition humaine. J’ai voulu explorer cette frontière très fragile entre la science, le rêve, la mémoire, l’imagination et le fonctionnement du cerveau. Je cite dans ce texte Benjamin Ball, un élève de Charcot, qui disait que « le monde n’est qu’une illusion ». Cette phrase résume une interrogation essentielle des neurosciences modernes : comment notre cerveau construit-il la réalité ? Comment les émotions, les souvenirs, les perceptions ou même les rêves influencent-ils notre manière de voir le monde ? Mon activité de recherche au sein de l’équipe INSERM de NeuroPsychiatrie Translationnelle à l’Institut Mondor de Recherche Biomédicale a renforcé cette réflexion. Le concept même de « recherche translationnelle » est passionnant, car il crée un pont entre la recherche fondamentale, les neurosciences, la psychiatrie et la pratique clinique quotidienne auprès des patients. Cette approche nous permet d’étudier non seulement les mécanismes biologiques des maladies neurologiques et psychiatriques, mais aussi les dimensions cognitives, émotionnelles et humaines du cerveau. En tant que neurologue, nous étudions les réseaux neuronaux, la conscience, la mémoire et la neuroplasticité. Mais en tant qu’êtres humains, nous restons fascinés par la part poétique et mystérieuse de l’esprit. Rousseau représentait pour moi cette rencontre entre la rigueur intellectuelle et la sensibilité artistique. Dans ce chapitre, j’évoque également la synesthésie, cette capacité extraordinaire de « voir les sons » ou « entendre les couleurs ». Cela montre à quel point le cerveau humain reste un univers encore partiellement inconnu. Finalement, la neurologie et la littérature poursuivent parfois le même objectif : essayer de comprendre l’être humain dans toute sa profondeur. Je pense que le XXIe siècle aura besoin non seulement de scientifiques compétents, mais aussi de personnes capables de préserver l’imagination, la sensibilité et la réflexion philosophique. La médecine ne doit jamais être séparée de la culture et de l’humanité. Je crois profondément que la médecine du XXIe siècle devra préserver cet équilibre entre rigueur scientifique et sensibilité humaine. Les neurosciences, l’art, la littérature et la philosophie ne sont pas opposés ; au contraire, ils se complètent pour nous aider à mieux comprendre l’être humain dans toute sa profondeur.

 

Interview Francophone : Quel est votre message pour les générations du XXIe siècle ?

 

Mihaela Bustuchina Vlaicu :

Je voudrais dire aux jeunes générations qu’il faut toujours croire en leurs rêves et ne jamais avoir peur du travail. La connaissance reste la plus grande richesse. Nous vivons dans un monde extrêmement rapide, dominé par les technologies et l’intelligence artificielle. Mais il ne faut jamais oublier l’importance de la culture, de l’art, de la musique et des relations humaines. Le cerveau humain a besoin d’être stimulé en permanence par la curiosité, l’apprentissage, les émotions et la créativité. Je crois profondément que la réussite repose sur trois éléments : la passion, la persévérance et l’humanité. Et surtout, il faut garder la capacité de rêver, car souvent les rêves deviennent réalité.

 

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