Orbiss / Les défis des entreprises françaises aux USA

 

Interview en exclusivité avec

Laurence Ruiz

Fondatrice d'ORBISS

 

by Ingrid Vaileanu 

Interview Francophone :  Quels sont vos projets et vos objectifs ? 

Laurence Ruiz : ORBISS, souhaite être le pont qui relie la France et les Etats-Unis, s’adressant principalement à des investisseurs francophones qui s’installent aux USA, par le biais de création de filiales ou de rachat de structures existantes. Les services proposés couvrent des missions de comptabilité, de fiscalité et de “transaction”. Ces prestations passent par une communication claire et transparente avec les clients, l’un des piliers du cabinet.

 

Interview Francophone :  Quelles différences majeures entre les deux cultures économiques : française et américaine ? 

Laurence Ruiz : Les différences culturelles sont un obstacle majeur à l’arrivée sur le territoire américain. Ces différences viennent à la fois de la culture initiale : Anglo-Saxonne versus Latine et de la relative autarcie économique inhérente à un pays continent. 

 

Quand on parle de la Chine, du Japon ou de l’Inde, pas d’équivoque possible, la différence culturelle, elle est très facile à mesurer.  Il ne viendrait pas à l’idée a un entrepreneur français de commencer à faire du business dans un de ces pays sans se faire aider et accompagner par un spécialiste. Pour les Etats-Unis, c’est moins vrai, tous les entrepreneurs parlent plus ou moins bien anglais, les normes et règles ont l’air identiques, donc le marché parait plus facilement accessible. Mais après 6 ans passés ici, je n’ai aucun doute, la différence culturelle est d’autant plus violente entre la France et les Etats-Unis qu’elle ne se voit pas. On ne fait pas du business aux Etats-Unis de la même façon qu’en France. 

 

En premier lieu, je pourrai citer la taille et la diversité du marché. Les Etats-Unis représentent 17 fois la France, il y a des différences culturelles, des différences de climat et même parfois de langue, le pays n’est pas un seul marché mais une multitude de petits marchés. En grossissant le trait, vouloir développer le business sur le marché américain dans sa globalité, reviendrait à développer le business dans l’ensemble des pays européens en une seule fois.

 

En second lieu, les Etats-Unis sont un marché majoritairement auto-suffisant, avec une ouverture vers l’international très limitée.  Il est plus facile de faire du business aux Etats-Unis quand on est américain. C’est une notion importante à prendre en compte, cela demande du temps de bien identifier les acteurs et obtenir des références indispensables au développement du business.

 

Un autre point important à évoquer : l’obtention d’une autorisation de travail sur le territoire américain est une étape complexe et pas toujours heureuse à la fin pour les étrangers. Les derniers changements notamment sur la durée de validité des visas de travail, le visa entrepreneur E2 par exemple est passé de 5 ans à 25 mois, n’ont pas amélioré la situation. 

 

La flexibilité du marché de l’emploi et la gestion des équipes aux Etats-Unis :  il n’y a pas de contrat de travail à durée indéterminée aux Etats-Unis, les employeurs peuvent licencier du jour au lendemain (voire même dans l’heure), mais a contrario les salariés peuvent faire de même sans aucun préavis. Les organisations doivent donc être toujours prêtes à gérer des départs. Dans un contexte économique plutôt favorable avec quasiment une situation de plein emploi, cette situation profite assez largement aux salariés, qui n’hésitent pas à faire monter les enchères tant au niveau des salaires qu’au niveau de la couverture sociale offerte par la société. 

 

Les 18 premiers mois de leur arrivée aux Etats-Unis, l’équipe d’ORBISS va être présente quasi-quotidiennement aux côtés de leurs clients pour les guider, les conseiller et les aider, tout est mis en place pour qu’ils soient autonomes, l’idée n’étant pas de faire à leur place mais d’être à leurs côtés. Après la première année, l’équipe reste en soutien sur des questions plus techniques comptables et pour l’établissement des déclarations fiscales.

 

Interview Francophone :  Quels sont vos conseils pour les entrepreneurs français s’installant aux USA ?  

Laurence Ruiz : Il est important de bien choisir son lieu d’implantation. Dans la majorité des cas, les sociétés choisissent principalement la côte Est ou la côte Ouest.

Se faire aider et accompagner par des partenaires. Il est indispensable de bien définir sa stratégie avant de venir sur le territoire. Il est très important pour cela de se faire accompagner par des spécialistes marchés qui aideront l’entreprise à bien en comprendre les spécificités. Il y a plusieurs choix possibles pour appréhender le marché américain (implémentation directe d’une structure américaine, s’appuyer sur un réseau distributeurs et importateurs, racheter une entreprise américaine, etc.) mieux vaut faire le bon choix au départ et le faire par étape.

 

Pour les entreprises françaises qui souhaitent constituer leur propre équipe sur le territoire américain, il est fortement recommandé qu’un fondateur ou tout du moins qu’un salarié français (avec une forte connaissance de la culture de l’entreprise) prenne la direction de l’équipe. Il sera au quotidien avec les équipes américaines et sera à même de comprendre et analyser les problèmes remontés sur le terrain. Il sera le pont entre les 2 entités du groupe, et facilitera les échanges avec les équipes de chaque côté de l’océan. Le recrutement d’une personne senior américaine avec une bonne connaissance du marché et de l’industrie est aussi à mettre dans un prévisionnel.  Il sera à même d’ouvrir les portes des premiers prospects et d’amener les premiers leads.

 

Avoir un fond de roulement qui permette de tenir 2 ans sans aucune rentrée d’argent, cela permet la patience et la sérénité nécessaires à la connaissance de ce marché. Nous savons en moyenne que les clients signent leur premier contrat clients 18 mois après leur arrivée sur le territoire. Cela signifie que dans la 1ere année, l’entreprise doit prévoir un investissement égal au paiement des salaires, aux frais divers avocats/fiscalistes, marketing sans attendre aucun chiffre d’affaires. Cela peut représenter assez rapidement plus d’un million de dollar, et beaucoup plus si l’équipe américaine est déjà composée de plusieurs personnes.

 

Ne pas vouloir dupliquer les clés du succès qui ont marché en France, savoir remettre en cause ses croyances et se laisser surprendre. 

 

Interview Francophone :  Quelle est votre meilleure expérience dans cette aventure ? 

Laurence Ruiz : Toutes les expériences sont intéressantes à suivre. Je pourrai citer une entreprise spécialisée dans l’agro-alimentaire avec un produit inconnu des américains, tout était à faire. L’investissement à représenter un budget global supérieur à 30 millions avec construction d’usines et constitution d’une équipe importante de commerciaux pour sillonner le pays.

Ou l’expérience d’une start-up avec un produit tech innovant dans le marketing, qui pensait que son marché était exclusivement NY, et après 18 mois a compris que son salut serait principalement en dehors des grandes villes

 

Interview Francophone :  Quels objectifs et rôle de votre entreprise pour le rayonnement de l'innovation française aux Etats Unis ? 

Laurence Ruiz : L’une des principales évolutions du métier d’expert-comptable est liée au développement du numérique et du digital. Ainsi, tous les outils, les services et les tendances qui en découlent ont révolutionné les pratiques de cette profession : la dématérialisation des pièces comptables, l’automatisation de la saisie des données en matière de dépenses, revenus ou autres écritures d’inventaires ne sont que quelques exemples des gains de productivité remportés par l’expert-comptable.

Celui-ci peut désormais se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée et, notamment, se focaliser sur les aspects humains du métier.

Orbiss s’inscrit sur la même lignée et s’engage à « simplifier tout ce qui peut être simplifié » en développant un système d’automatisation qui permet, comme son nom l’indique, d’automatiser les tâches fiscales et comptables. Cette méthode permet aux collaborateurs de gagner du temps et d’améliorer leur réactivité vis-à-vis du client puisque qu’ils ne sont plus confrontés à devoir effectuer des tâches répétitives et presque robotiques. L’objectif de l’entreprise est celui d’instaurer une relation de confiance, de transparence et de partage entre collaborateurs, associés et clients.

La forte politique d’innovation d’Orbiss lui permet de bousculer les codes du métier et de remettre l’humain au cœur de l’entreprise